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Réhabilitation de logements sociaux : le sol souple a réponse à toutes les situations

Revêtement de sol | Architecte Pierre Marie Clément | Forbo Flooring Systems

Côté Sols : En quoi le projet de rénovation des Moulins est-il exemplaire sur la région niçoise ?


Pierre-Marie Clément, Architecte, cabinet ONE WAY . 4 . ARCHITECTES : Il s’agit d’une réhabilitation lourde, qui porte sur environ 3000 logements dans le quartier des Moulins à Nice, construits à compter des années 60 sur une période d'une vingtaine d'année. Ce quartier est réputé sensible et le projet bénéficie d’ailleurs du soutien de l’ANRU.

Outre l’ANRU et le FEDER, il est cofinancé par la Région, le Département, la Commune, la Métropole et Côte d’Azur Habitat, le bailleur social. Cinq tranches de travaux sont prévues, avec des démolitions de tours, des résidentialisations – création de parking et espaces verts clos.

La première tranche devait porter une image qualitative de renouveau pour toute la réhabilitation à venir. Elle concerne trois tours de chacune 106 logements datant des années 1974. Deux d’entre elles bénéficient en particulier d’une approche BBC (Bâtiment Basse Consommation), et nous avons tenu avec le bailleur social COTE D'AZUR HABITAT à ce que la 3ème tour dispose du même niveau de performance thermique pour l'agrément de ses locataires.

Cela se traduit notamment au niveau des façades par une isolation thermique extérieure (ITE) performante, la pose d'une vêture gris anthracite sombre qui marque les noyaux structurels et de composition des tours, le positionnement de cadres colorés en polycarbonate pour un meilleur confort solaire par filtrage des rayons solaires (ces cadres privatisant également l'espace des balcons et limitant la co-visibilité entre les deux tours).

Côté Sols : En 1974, l’amiante n’était pas encore proscrite dans la construction (interdite à partir de 1997). Vous en avez trouvé ?


Pierre-Marie Clément : Absolument. Dans la colle des faïences, dans les enduits de peinture, … et bien sûr au niveau des sols, dans à peu près deux logements sur dix. De plus, il n’y a pas de logique : vous pouvez fort bien détecter sa présence dans un appartement, et pas du tout dans l’appartement voisin. Cela vient notamment de la diversité des travaux qui ont pu être menés depuis tant d’années, en fonction des possibilités d’intervention laissées au bailleur par les vacances d’appartement lors du départ d’un locataire.

C’est d’ailleurs une autre caractéristique de ces projets réalisés en site occupé – le locataire reste présent pendant les travaux et doit disposer de l'eau sur ses équipements sanitaires et en cuisine en fin de journée, NDLR. Vous avez une grande hétérogénéité de situations. Cela va de l’appartement « squatté », dans un état déplorable, que vous devez d’abord faire évacuer. Dans celui-là, vous devez tout refaire.

C’est la même chose pour les appartements vacants à traiter entièrement avant de les relouer. Sauf s’ils ont fait l’objet de travaux récents, ce qui arrive parfois pour le relogement de locataires déjà présents dans la cité des Moulins et dont les logements étaient localisés dans des bâtiments à démolir.

Enfin, il y a les appartements occupés. Dans ceux-là, nous avons limités les travaux de rénovation aux salles de bains (sol, murs et plafonds, équipements sanitaires) et au mobilier de cuisine, au remplacement des menuiseries extérieures et à la mise en sécurité électrique.

Côté Sols : Comment avez-vous traité la problématique des sols, compte tenu de la diversité des situations et de la présence potentielle d’amiante ?


Pierre-Marie Clément : Pour des questions économiques mais également d'organisation de chantier en site occupé, les sols souples ont été privilégiés dès le départ, d’autant que le constructeur – Bouygues Bâtiment Sud Est, NDLR – avait ses propres poseurs, ce qui rendait le coût total de l’opération encore plus performant. Il y a également des raisons techniques, de résistance aux dégradations par exemple, et esthétiques, du moins dans les produits déjà bien éprouvés qui bénéficient chez le fabricant de gammes de couleurs élargies.

Pour les sols amiantés, nous avons donc opté pour un produit Forbo, Sarlon habitat modul’up, qui présente l’avantage de pouvoir être posé en flottant, sans collage - aujourd'hui interdit-, ce qui élimine les coûts de désamiantage dans le cadre d'une opération en sous-section 4 de la réglementation sanitaire. C’est un beige très clair (teinte chanvre de qualité U2SP2 dans les pièces sèches et U2SP3 dans la salle de bains), que nous avons retenu alors que nous aurions préféré une couleur plus grise, en cohérence avec la teinte du sol souple des appartements à sol non amiantés.

Les fabricants développent actuellement leurs gammes pour proposer des produits plus attractifs aux architectes mais un travail certain reste à réaliser en ce sens.

En effet, partout ailleurs dans le plus grand nombre de logements, nous avons collé un sol PVC Forbo (référencé Sarlon Mousse teinte Néo, également utilisé en qualité U2SP2 et U2SP3) de couleur gris, en harmonie avec des murs blancs des pièces (pour apporter le maximum de lumière dans des appartements assez profonds).

La pose s’est effectuée en lés, y compris dans les salles de bains, ce qui a limité les problématiques de joints à réaliser et de décollement ultérieur dans des appartements qui peuvent souffrir d'un défaut d'entretien.

Enfin, dans les parties communes et en particulier sur les paliers aux étages, nous avons retenu un linoleum (Marmoleum chez Forbo, NDLR) de couleur gris anthracite. Le linoleum, parce qu’il est teinté dans la masse, offre une meilleure résistance aux traitements parfois violents subis dans ce type de configuration, où les habitants n’hésitent pas à traîner une armoire sur plusieurs mètres sans protéger le sol.

Côté Sols : Ce projet vous paraît-il caractéristique de ce qu’il convient de faire aujourd’hui, pour un habitat social en mal de réhabilitation et en proie aux exigences coûteuses du désamiantage ?


Pierre-Marie Clément : Je pense naturellement en tant qu’architecte, que l’ambition et la réflexion sur ces quartiers peut changer la donne. Le niveau d'une telle réhabilitation se doit d'être qualitatif, même si nous ne perdons pas de vue les questions de budget, ce qui amène évidemment nécessairement à des choix. Ils sont logiques et assumés.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que notre cabinet, associé pour l’occasion avec nos confrères de Phasis Architectes et le bureau d'études Sudequip, travaille pour ce secteur. Notre groupement a même reçu le prix « réhabilitation » du concours « Bas Carbone » organisé en 2011 par l’ARHLM et EDF, aux côtés du bailleur COTE D'AZUR HABITAT, pour l'exemplarité de cette réhabilitation.

Le revêtement en sol souple, s'il est bien évidemment moins pérenne qu'un sol carrelé, nous paraît une solution idéale en site occupé, car il offre une palette décorative intéressante dans un coût maitrisé, notamment en évitant le désamiantage, pour autant que la situation réglementaire reste stable. Il permet surtout une rapidité de pose avec des circulations maintenues dans les appartements occupés et sur les paliers d'étages.

La réflexion que nous menons sur ce type de programme nous a permis de vérifier que ce type de rénovation, en site occupé, sensible, déborde du seul cadre de l'architecture, avec une vraie écoute de situations socialement difficiles aux côtés du Maître d’Ouvrage. En ce qui me concerne, c’est une facette très intéressante de notre action d'architecte.